Homélie : 18°dim B, 5 août 2018

Au centre de l’Evangile, il y a cette question de la foule : « Que faut-il faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? ». « Que faut-il faire Mr l’abbé pour qu’il y ait plus de monde à l’eucharistie ? ». Organiser un drink après la messe, organiser un repas … pourquoi pas, mais ce n’est pas pour cela que je suis prêtre, ce n’est pas pour cela que je célèbre l’eucharistie. Que faut-il faire alors ? Il ne faut rien faire, il faut avant tout qu’il y ait la foi, la foi est un pré-requis. Aujourd’hui je réponds sans hésitation comme Jésus, ce qu’il faut faire c’est croire en Jésus et en Dieu. Il faut croire en l’eucharistie, il faut croire que Dieu nous parle et nous nourrit spirituellement à travers ce sacrement qu’Il a institué, à travers les signes de la Parole, du pain et du vin, du prêtre, de l’assemblée … Ce qu’il y a de plus dur pour moi comme prêtre, ce n’est pas tellement la solitude, ce n’est pas tellement le travail, mais c’est de découvrir que beaucoup de personnes autour de moi ne croient pas que Dieu est présent dans l’eucharistie, ne croient pas que Dies leur parle, que Dieu les nourrit par sa présence.

Dans la liturgie, quand la Parole est proclamée, c’est Dieu lui-même qui parle. Si on croyait vraiment cela, on ne demanderait pas à supprimer une lecture. On en demanderait plus, on demanderait qu’il y ait plus de lectures qui soient solennellement proclamée dans la grande assemblée. Si on croyait vraiment cela, on écouterait beaucoup plus attentivement la Parole de Dieu et elle serait bien
plus efficace. Quand une lecture biblique est proclamée dans la grande assemblé e, elle change de statut, c’est Dieu lui-même qui parle à son peuple, c’est pourquoi on dit : « Parole de Dieu ». Et Dieu parle pour nous convertor, pas pour nous dire « continue tranquillement ta vie tranquille ».

On ne lit pas non plus la Parole de Dieu pour que Dieu soit présent, non, c’est l’inverse, c’est parce que Dieu est présent, vivant, à l’œuvre qu’il nous parle quand la Parole est proclamée. Ce n’est pas nous qui rendons Dieu vivant, c’est le contraire, c’est Dieu qui nous rend vivant. C’est cela la foi. Le contraire, c’est l’orgueil, c’est croire que Dieu dépend de nous alors que c’est juste le contraire, c’ est nous qui dépendons de Dieu. Il nous faut retrouver notre humilité de créature et reconnaître en Dieu notre créateur ! De même pour l’eucharistie, c’est parce que le Christ est vivant et ressuscité qu’il se rend présent dans les signes du pain et du vin consacrés, ce n’est pas notre action qui le rend présent. C’est cela la foi. L’eucharistie n’est pas une mise en scène, une pièce de théâtre à réussir. L’eucharistie est toujours réussie parce qu’elle est un don de Dieu aux hommes. La beauté d’une eucharistie ne dépend pas des moyens techniques et artistiques que l’on met en place, mais de la foi des participants. Et c’est quoi la foi ? « La foi, c’est quand en regardant la Création nous y reconnaissons le Créateur » (inspiré de la lettre aux Romains). Une belle messe suppose la foi. Sans la foi, rien ne se passe à l’intérieur de nos cœurs. Une messe célébrée dans une maison de repos peut être une très belle messe parce que les personnes ont faim et soif de Dieu. L’eucharistie nous fait entrer dans ce mouvement d’action de grâce, de reconnaissance envers Dieu. En regardant le pain et le vin, fruit de la terre (la part de Dieu) et du travail des hommes, nous proclamons la gloire du Créateur, nous reconnaissons Dieu comme le Créateur et nous nous reconnaissons comme des créatures, comme faisant partie de la Création, et non pas comme le Créateur.
St Ignace que nous fêtons le 31 juillet (mardi passé) commence ses exercices spirituels de 30 jours par ce qu’il appelle « le principe et le fondement ».

L’homme est créé pour servir Dieu notre Seigneur … et les autres choses sont créées pour l’aider dans la poursuite de cette fin. D’où il suit que l’homme doit user de ces choses dans la mesure où elles l’aident pour sa fin et qu’il doit s’en dégager dans la mesure où elles
sont, pour lui, un obstacle à cette fin. Pour cela il est nécessaire de nous rendre indifférents (je dirais libre) à toutes les choses créées, de telle manière que nous ne voulions pas, pour notre part, davantage la santé que la maladie, la richesse que la pauvreté, l’honneur que le déshonneur, une vie longue qu’une vie courte et ainsi de suite pour tout le reste, mais que nous désirions et choisissions uniquement ce qui nous conduit davantage à la fin pour laquelle nous sommes créés.

Dans la première lecture, nous voyons que la nourriture que Dieu donne à son peuple lors de la traversée du désert est encore une nourriture bien terrestre. C’est aussi pour cela que la foule suit Jésus, pour être rassasié de nourriture terrestre. Bien souvent, c’est aussi pour des biens terrestres que nous suivons et prions Dieu. Or, il ne s’agit pas de se servir de Dieu mais de servir Dieu. C’est ce renversement que Jésus réalise. Jésus est le pain de vie, le pain descendu du Ciel qui ne va pas nous nourrir matériellement (quelques miettes, une hostie, c’est trop petit) mais qui va nous nourrir spirituellement de sa présence. Cette nourriture nous donne la force pour travailler aux œuvres de Dieu qui sont des œ
uvres qui demeurent, nous travaillons pour la vie éternelle. Comprenez bien le renversement, nous venons à l’eucharistie pour être envoyé dans le monde, pour servir Dieu, pour travailler, pas pour mettre Dieu à notre service et pour nous reposer, même si cela est des fois nécessaire !

La fin pour laquelle nous sommes créés, c’est de rendre grâce au Créateur et d’être enfant de Dieu, de revêtir l’homme nouveau dit St Paul dans la deuxième lecture. Nous sommes invités à travailler, à utiliser les dons de la Création afin d’atteindre ce but spirituel, notre sanctification, c’est cela travailler pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle. Je le fais en tant que prêtre en célébrant l’eucharistie, vous le faites en travaillant pour votre famille, pour la nourrir de biens terrestres mais aussi pour qu’il y ait de l’amour dans votre famille. C’est même cela qui est prioritaire. La richesse, l’accumulation des biens terrestres ne peut être un but en soi, ils doivent servir à notre sanctification et à la sanctification du monde. Tout notre travail doit être orienté vers ce bien, qui est un bien divin.

Abbé Guy Van Den Eeckhaut

Paroisses Saint-Pierre, Sainte-Famille et Saint-Lambert