Homélie du 3 juin 2018

Les lectures du jour nous aident à mieux comprendre l’eucharistie que nous célébrons tous les dimanches. L’équipe de préparation m’a demandé de m’attarder quelque peu sur la première et la deuxième lecture. Pourquoi lisons-nous encore ces lectures aujourd’hui ?parole de dieu

La première lecture parle d’un peuple aspergé par le sang animal sacrifié pour symboliser l’alliance avec Dieu, cela est peu ragoutant aujourd’hui ! La première lecture me fait comprendre que l’eucharistie est un repas sacrificiel, inversé il est vrai, nous allons le voir, mais il s’agit bien d’un repas sacrificiel. Elle me fait également comprendre que l’eucharistie est un repas d’alliance. Est-ce que je suis conscient de cela ? Est-ce que j’ai le désir ce matin de renouveler mon alliance avec le Seigneur ?

Dans la deuxième lecture, comment comprendre « que le sang du Christ purifiera notre conscience » sans induire que la souffrance du Christ était nécessaire pour notre salut ? Je vais plus loin en posant la question du sacrement du Corps et du Sang du Christ : ce que nous célébrons à chaque eucharistie, cela aussi peut paraître de mauvais goût, certains vont jusqu’à dire que les chrétiens sont cannibales ! Nous savons que c’est une erreur d’interpréter les mœurs d’antan à partir des mœurs d’aujourd’hui, mais comment osons-nous dire à la fin que c’est « la Parole de Dieu » ? Attardons-nous quelque peu sur cette question.

Qu’est-ce que la Parole de Dieu ? Qu’est-ce que la Bible ? C’est Dieu qui parle dans l’histoire du peuple de Dieu. Dieu parle, mais il faut interpréter, comme quand nous parlons ou écoutons quelqu’un. On peut mal s’exprimer, on peut mal comprendre, on peut mal parler, on peut mal interpréter,… Mon histoire, votre histoire est également « parole de Dieu » c’est-à-dire que Dieu me parle, vous parle dans mon (votre) histoire. Cela ne veut pas dire que mon (votre) histoire est parfaite, mais Dieu se sert de mon (votre) histoire pour me (vous) parler. Ce qui est important, c’est que nous écoutions Dieu nous parler, qu’il nous montre nos erreurs, que nous progressions et que nous fassions de plus en plus sa volonté. C’est important que vous racontiez votre histoire à vos enfants et à vos petits-enfants. Et pas seulement ce qui va bien, mais aussi ce qui va moins bien : racontez les erreurs que vous avez faites, n’ayez pas peur. Vous les aidez à comprendre la vie et vous pouvez leur éviter de commettre les mêmes erreurs. Dans la Bible, il y a des tas d’exemples, des choses à imiter, des choses qui viennent de Dieu, et il y a un tas de contre-exemples, des choses à ne pas ou ne plus imiter, parce que cela n’était pas la volonté de Dieu, ou bien parce que cela avait du sens dans le temps mais plus aujourd’hui. Il faut interpréter la Bible. Il faut apprendre à lire la Bible. C’est parce que l’Eglise avait peur qu’on lise mal la Bible, qu’elle en a interdit la lecture pendant des siècles. Certains laïcs aujourd’hui voudraient que l’on ne lise plus ces textes au cours de nos célébrations. Cela reviendrait à ne plus connaître son histoire et à perdre les clés d’interprétation nécessaire à sa compréhension. Aujourd’hui, nous avons accès à tous ces textes, c’est extraordinaire, la Parole de Dieu s’est incarnée dans son peuple et Dieu continue de nous parler.

Une des clés d’interprétation, très importante, c’est de mesurer l’évolution entre l’Ancien Testament et le Nouveau Testament, cela pour mieux comprendre la nouveauté que Jésus est venu apporter. Par l’offrande de sa vie, Jésus vient abolir tous les sacrifices humains et d’animaux. Ce sera le dernier sacrifice, dit l’épître aux Hébreux : « Il est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire, en répandant, non pas le sang de boucs et de jeunes taureaux, mais son propre sang ». Mais avant de donner sa vie, il institue un « mémorial », c’est la dernière cène, l’institution de l’eucharistie. C’est un repas d’alliance, un repas sacrificiel inversé, il ne s’agit pas de tuer l’autre mais il s’agit de se donner librement par amour pour les autres. Les textes bibliques et les gestes de la communion eucharistique nous rappellent la cruauté humaine, l’homme est capable de tuer, de verser le sang, il est capable de beaucoup de violence, mais l’eucharistie renverse cette violence pour la transformer en force de solidarité et d’amour. S’avancer pour communier, c’est être prêt à donner sa vie pour nos frères et sœurs. Ce qui ne veut pas dire nécessairement « mourir pour », mais d’abord « vivre pour ». Communier en vérité, c’est choisir d’être du côté de l’amour qui donne, plutôt que de la violence qui prend.

Enfin, pour conclure et pour ne pas être trop long, la meilleure explication du sacrement de l’eucharistie, je la trouve chez St Augustin, 4ème siècle :
« Mes frères, c’est cela que l’on appelle des sacrements : ils montrent une réalité et en font comprendre une autre. Ce que nous voyons est une apparence matérielle, tandis que ce que nous comprenons est un fruit spirituel. Si vous voulez comprendre ce qu’est le corps du Christ, écoutez l’apôtre Paul, qui dit aux fidèles : « Vous êtes le corps du Christ ; et chacun pour votre part, vous êtes les membres de ce corps » (1Co 12,27). Donc, si c’est vous qui êtes le corps du Christ et ses membres, c’est le symbole de ce que vous êtes qui se trouve sur la table du Seigneur, et c’est votre mystère que vous recevez. Vous répondez : « Amen » à ce que vous êtes, et par cette réponse, vous y souscrivez. On vous dit : « Le corps du Christ », et vous répondez : « Amen ». Soyez donc membres du corps du Christ, pour que cet amen soit véridique ».

« Deviens ce que tu reçois, le corps du Christ ». « Ce que tu vois passe, l’invisible qui est manifesté ne passe pas mais demeure ». « Le pain que tu vois passe. On le reçoit, on le mange et on le détruit. Ce qu’il manifeste par contre, le corps du Christ, ne se détruit pas mais se construit. Car le corps du Christ, c’est l’Eglise, c’est chacun d’entre nous. Vous êtes le corps du Christ ».

Le mot « communier » signifie « faire communauté », et cette communauté se construit et se signifie en partageant une nourriture qui nous fait tous « un » dans le Christ.

Abbé Guy Van Den Eeckhaut (à partir de différentes sources)