Message de Pâques

Nous, chrétiens, avons vécu le carême et, plus encore, la semaine sainte ; de façon étrange. N’est-ce pas plutôt l’inverse ! En effet, ce petit virus qui détruit, hélas, tant de vies, ne nous force-t-il pas à sortir de notre insouciance habituelle. « Tout va très bien, Mme la marquise » chantait le monde, alors que, pourtant, il était dévasté par les guerres, la famine, les attentats, poussant des populations entières à fuir, pour espérer vivre.

Celui qui nous aurait déclaré la guerre, ne serait-t-il pas celui qui réveille notre conscience. Paradoxalement, alors qu’il nous oblige au confinement n’est-il pas celui qui nous libère de nos prisons choisies !
Car, le confinement, s’il génère peur et angoisse chez beaucoup, devrait pour nous, chrétiens, réveiller (éveiller !) le cœur de notre foi (au sens fort de ce terme : le faire revivre).

Oui ; ce petit virus, invisible, nous a permis de vivre un vrai carême et une vraie semaine sainte. Le confinement forcé nous fait comprendre notre fragilité et, surtout, que sans Dieu et son amour inconditionnel, nous serions, tous, irrémédiablement perdus.
Le confinement pour nous chrétiens, s’apparente à une mise au tombeau. Le silence après la tourmente. La solitude de chacun.
Je songe à celles et ceux qui sont partis ainsi, sans la présence des leurs et à leur famille dont le deuil sera plus difficile encore. Peut-être y en a-t-il parmi les familles de notre Unité pastorale.

Le message de Pâques, osons le dire, le joyeux message de Pâques, n’est-il pas que cette mise au tombeau ne nous abandonne pas à nous-mêmes. Car notre mise au tombeau, réelle pour plus de trois mille personnes, spirituelle pour d’autres, est une mise au tombeau avec le Christ : « Si nous mourons avec lui ; avec lui nous vivrons ».
La vraie joie de Pâques ne sera pas la sortie du confinement, mais de comprendre que la mort, réelle certes, est une réalité passagère ; la vie, elle, continue, inarrêtable, éternelle. Car telle est la volonté de Dieu: « Je ne suis pas le Dieu des morts, mais des vivants. »- « Si vous saviez combien il en coûte au Seigneur de voir mourir les siens. »- « Tu ne peux, Seigneur, laisser ton bien-aimé voir la corruption. »
Ces phrases de l’Ancien Testament déjà sur l’Etre d’amour et de vie qui est le vrai Dieu, trouvent leur accomplissement et leur sceau de vérité dans la résurrection de Jésus : « Ne cherchez pas parmi les morts celui qui est vivant ». « Père, je n’ai perdu aucun de ceux que tu m’as donnés. »

Le confinement nous permet, à nous chrétiens, d’expérimenter, un peu, notre indigence, mais surtout l’amour invincible de Dieu pour nous : « Vous étiez morts à cause de vos fautes. Quand vous suiviez le dieu de ce monde, l’esprit qui agit maintenant parmi les rebelles… mais Dieu est riche en miséricorde ; à cause du grand amour dont il nous a aimés. Alors que nous étions morts à cause de nos fuites, il nous a donné la vie avec le Christ. C’est par grâce que vous êtes sauvés ! avec lui, il nous a ressuscité et fait asseoir dans les cieux en Jésus-Christ. Ainsi, par sa bonté pour nous en Jésus -Christ, il a voulu montrer pour les siècles à venir l’incomparable richesse de sa grâce. C’est par la grâce, en effet, que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi ; vous n’y êtes pour rien, c’est le don de Dieu. » (St Paul aux Ephésiens : 2,1- 8).

Alors, cette fête de Pâques, où nous célébrons la vie qui ne peut mourir, sortons de nos tombeaux ; ne confinons pas notre foi, pour annoncer à ceux qui pleurent ou qui doutent cette joyeuse annonce de l’Exultet : « Qu’éclate dans le ciel la joie des anges. Qu’éclate de partout la joie du monde. Qu’éclate dans l’Église la joie des fils de Dieu !  Voici dans la nuit la victoire ; voici dans la nuit la Lumière ; voici la liberté pour tous les fils de Dieu. Nous te louons, splendeur du Père, Jésus, Fils de Dieu !

Il est ressuscité. Il est vraiment ressuscité ! Alléluia ! Gloire à Dieu et paix aux hommes qu’il aime.
À vous, toutes et tous, dans l’unité pastorale : bonne et sainte fête de Pâques, dans le Christ vivant !

+ Abbé Ivan Colsoul.